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SADE – « La philosophie dans le boudoir »Par OSV :: 26/05/2008 à 0:00 :: Bibliothèque
![]() « Dis-moi quelle est ta bibliothèque, et je te dirai qui tu es. » Partant de ce lieu commun, entreprenons de dessiner la bibliothèque idéale du philosophe-voyou. De « la littérature populaire » aux écrivains empléiadés, livrons ainsi aux apprentis philosophe-voyou toutes les nourritures terrestres nécessaires pour s’alimenter dans un univers où, en France seulement, trois cent livres paraissent chaque jour. Difficile, dans ces conditions, de savoir ce qui mérite d’être lu. Il nous faut donc développer envers le livre la même attitude qu’envers l’humain. Parier sur la rencontre. Miser sur l’amitié. Postuler sur le sort. Et, ipso facto, désigner ses amis, morts ou vivants. Montrer du doigt ses ennemis – en creux. Par symétrie. « La bibliothèque devrait être le lieu le plus secret d’une demeure. Celui qui ouvre sur tous les passages secrets. Sur un monde de l’opposition et de la résistance. » Voici la Famille de pensée du philosophe-voyou. ------------------------------------------------
XVIII ème siècle – Littérature française – SADE – « La philosophie dans le boudoir » Loin de nous, Eugénie, les vertus qui ne font que des ingrats! Mais ne t'y trompe point d'ailleurs, ma charmante amie: la bienfaisance est bien plutôt un vice de l'orgueil qu'une véritable vertu de l'âme; c'est par ostentation qu'on soulage ses semblables, jamais dans la seule vue de faire une bonne action; on serait bien fâché que l'aumône qu'on vient de faire n'eût pas toute la publicité possible. Ne t'imagine pas non plus, Eugénie, que cette action ait d'aussi bon effets qu'on se l'imagine: je ne l'envisage, moi, que comme la plus grande de toutes les duperies; elle accoutume le pauvre à des secours qui détériorent son énergie; il ne travaille plus quand il s'attend à vos charités, et devient, dès qu'elles lui manquent, un voleur ou un assassin. J'entends de toutes parts demander les moyens de supprimer la mendicité, et l'on fait, pendant ce temps-là, tout ce qu'on peut pour la multiplier. Voulez-vous ne pas avoir de mouches dans votre chambre? N'y répandez pas de sucre pour les attirer. Voulez-vous ne pas avoir de pauvres en France? Ne distribuez aucune aumône, et supprimez surtout vos maisons de charité. L'individu né dans l'infortune, se voyant alors privé de ces ressources dangereuses, emploiera tout le courage, tous les moyens qu'il aura reçus de la nature, pour se tirer de l'état où il est né; il ne vous importunera plus. Détruisez, renversez sans aucune pitié ces détestables maisons où vous avez l'effronterie de receler les fruits du libertinage de ce pauvre, cloaques épouvantables vomissant chaque jour dans la société un essaim dégoûtant de ces nouvelles créatures, qui n'ont d'espoir que dans votre bourse. A quoi sert-il, je le demande, que l'on conserve de tels individus avec tant de soin? A-t-on peur que la France ne se dépeuple? Ah! n'ayons jamais cette crainte.
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